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Trois questions à Franco Malanima, éditeur du « Jardin d’acclimatation » en italien

La maison d’édition Articoli Liberi publiera, le 17 avril 2026, une nouvelle traduction italienne du Jardin d’acclimatation, roman d’Yves Navarre couronné du Goncourt en 1980. Son directeur, Franco Malanima revient sur ses motivations d’éditeur et sur son travail de traduction.

Comment avez-vous découvert Yves Navarre, et pourquoi avoir choisi de traduire Le Jardin d’acclimatation ?

J’ai découvert Yves Navarre il y a quelques années, grâce à un collègue libraire qui me conseille souvent de beaux textes à traduire et qui m’avait confié Le Jardin d’acclimatation. Ce roman déchirant m’avait profondément marqué. Plus tard, j’ai constaté que les précédentes traductions de l’ouvrage n’étaient plus disponibles en Italie depuis longtemps. C’est à partir de ce constat qu’est né le projet.

J’ai souhaité traduire ce texte avec la même émotion que lors de ma première lecture. D’ailleurs, je ne l’ai pas relu avant de commencer mon travail de traduction : je voulais le redécouvrir progressivement, page après page. Cela m’a permis de rester au plus près de l’élan initial, tout en mettant mon expérience d’écrivain au service d’un autre écrivain. Mais traduire un auteur disparu me donnait une responsabilité particulière car cela revenait à avancer sans possibilité de dialogue, sans validation. Chaque choix demande alors une grande exigence.

Yves Navarre et ce roman posent-t-il des difficultés particulières pour un traducteur ?

Oui, absolument. Yves Navarre a un style très singulier, immédiatement reconnaissable. Sa manière de construire les phrases, leur longueur, le fait d’introduire les différents points de vue sans retour à la ligne, demandent une attention constante. Selon la langue, cette écriture respire différemment. Par exemple, en anglais, qui est une langue technique, plus moderne que l’italien ou le français, ce type de phrase devient difficile à restituer sans perdre quelque chose.

En italien, en revanche, j’ai trouvé une proximité naturelle avec le français. J’ai pu conserver la même respiration, reproduire les dialogues fidèlement. Je me suis retrouvé dans cette approche originale, le choix des mots, la construction des phrases. Mon travail a consisté à rester fidèle à l’original tout en assumant ma propre sensibilité d’auteur.

Pourquoi avoir choisi un titre différent, Le principe des adieux ?

Le titre a été un véritable enjeu. « Jardin d’acclimatation » n’a pas vraiment d’équivalent en italien. Ni le lieu, ni les significations qu’il porte — botaniques, sociales, symboliques — ne sont immédiatement compréhensibles pour un lecteur italien.

Les traductions précédentes — Il giardino segreto (Rusconi, 1981), Il giardino zoologico (Edizioni del Cardo, 2007) — ne rendaient pas, selon moi, la profondeur et la métaphore du titre original. J’ai donc fait un choix différent : chercher la réponse à l’intérieur même du texte. Car je suis convaincu que les titres existent déjà dans les livres, qu’il faut simplement les retrouver. En relisant, j’ai identifié une formule qui, selon moi, évoque la psychologie de tous les protagonistes du roman : « le principe des adieux ». Dans le mot « principe », j’entends à la fois un commencement et un sens, tandis que les « adieux » traversent tous les personnages. Tous renoncent à quelque chose — au bonheur, à la famille, à l’avenir — mais surtout à une part d’eux-mêmes.

Choisir ce titre, c’était accepter de perdre la métaphore initiale pour en proposer une autre, plus immédiatement lisible en italien, mais fidèle à l’intensité émotionnelle du livre. Je pense sincèrement que c’est le titre le plus juste pour accompagner le lecteur italien dans la découverte de cette œuvre.

 


 

Il principio degli addii, Articoli Liberi.
400 pages.
19 euros (7 euros en format ebook).
Sortie le 17 avril 2026.
Traduit du français par Franco Malanima.
Illustration de couverture (ci-contre) et portrait de l’auteur (ci-dessus) : Marco Amerigo Latagliata.

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