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« Yves Navarre et Roger Peyrefitte », un essai de Francis Lamberg

Francis Lamberg a publié chez Asmodée Edern (collection Les Analyses) un court essai fort intéressant sur Yves Navarre et Roger Peyrefitte. Le sous-titre Des Hauts et débats est assez évocateur et résume bien la relation entre les deux écrivains. Disons-le d’emblée : au-delà du jeu de mots, il y eut bien plus de bas que de hauts et s’il y eut amitié, celle-ci laissa plutôt un goût amer.

Par Philippe Leconte

Les rapports d’un écrivain avec ses pairs (lorsque ceux-ci se connaissent particulièrement bien et de longue date) se révèlent souvent intéressants, parfois surprenants, rarement insignifiants. Dans certains cas, on pourra constater une influence thématique. Dans d’autres cas, on pourra observer des correspondances littéraires au point de vue de la forme. Tout dépend souvent aussi de l’âge des protagonistes. Lorsque l’écart est d’une génération, voire plus, une sorte de respect du plus jeune pour son aîné peut s’insinuer, du moins au début de leur relation. Rappelons donc que Navarre est né en 1940 à Condom, dans le Gers et Peyrefitte en 1907 à Castres, dans le Tarn. Ils étaient ainsi nés tous deux en Occitanie, mais à trente-trois ans d’écart.

Avec Navarre et Peyrefitte, aucune influence ne se manifeste dans la forme. Navarre est en perpétuel renouveau et aime à pratiquer l’art de la formule qui lui vient de ses années de publicitaire. Peyrefitte est d’un académisme voltairien revendiqué et ses fantaisies relèvent d’une préciosité d’un autre siècle. Quant à une thématique gay, bien que les deux auteurs n’aient jamais dissimulé leur homosexualité, leurs préférences étaient aux antipodes. Peyrefitte prônait une attirance pour les très jeunes garçons avec un prosélytisme en son temps totalement décomplexé, voire provocateur que l’on qualifierait aujourd’hui d’inapproprié, autrement dit condamnable. Tel n’était pas le cas de Navarre. Leurs œuvres respectives sont là pour nous le confirmer.

Une importante documentation éclaire les étapes de la relation entre Navarre et Peyrefitte

L’ouvrage de Francis Lamberg aborde de la façon la plus objective qui soit les relations entre les deux hommes, depuis leur rencontre (vraisemblablement au début des années 60) jusqu’à non pas une brouille réelle mais une rupture d’amitié (si tant est qu’il y eut réellement amitié). Au fil des années et de publications de plus en plus contestables, Peyrefitte était devenu infréquentable pour beaucoup de ses contemporains et Navarre faisait partie des gens qui à un moment donné ont préféré l’éviter. Pas nécessairement par gêne ; plutôt par écœurement devant le flot de ragots qui alimentaient les volumes successifs des Propos secrets dans lesquels Peyrefitte, trempant la plupart du temps sa plume dans le fiel, révélait plus de secrets d’alcôve que de véritables souvenirs littéraires.

Francis nous livre avec à l’appui une documentation importante les étapes successives de la relation entre les deux auteurs. Il propose aussi en annexe, heureuse initiative, des indications bio-bibliographiques particulièrement bien fournies. Enfin, il a longuement développé un chapitre sur l’émission historique des Dossiers de l’écran en 1975 consacrée à l’homosexualité à laquelle Navarre et Peyrefitte participèrent (ainsi que Jean-Louis Bory). Les plus anciens se souviendront sans doute des épreuves qu’ils devaient surmonter pour parvenir à s’assumer et à vivre leur sexualité. Les plus jeunes, eux, découvriront avec curiosité et parfois peut-être avec consternation comment la société d’alors traitait leurs aînés. Voilà donc un essai fort utile et bien documenté qui devrait intéresser toutes les générations et les éclairer sur quelques aspects de la vie littéraire des années 60 aux années 80.

 


Yves Navarre et Roger Peyrefitte
Asmodée Edern éditions, février 2026
132 pages, 21 euros.

Légende photo : Francis Lamberg au Salon du Livre de Bruxelles, mars 2026, DR.

 

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